UNE HISTOIRE QUI FINIT BIEN

minus

Un cas somme toute banal.

Blotti dans une couette moelleuse, j’ai vaguement l’impression d’avoir déjà connu cela: Une odeur de sapin de Noël, des cris joyeux d’enfants et moi, en paquet-cadeau, un gros nœud autour du cou qui sera remplacé, quelques années plus tard, par une méchante chaîne. J’avais 2 mois et passais de bras en bras, de coussin en coussin, chouchouté, dorloté, un peu trop parfois. Les enfants ont grandi, moi plus vite qu’eux et la peluche n’amusait plus. Ils m’ont mis d’abord dans le garage et, quelques années plus tard, tout au fond de la cour, dans une remise ouverte aux quatre vents, d’où j’entendais les bruits de la maison. Je les voyais presque tous les jours, quand ils pensaient à venir me donner à manger. J’y avais chaud, j’y avais froid, j’y étais tout mouillé, mais toujours là. « Il est increvable, ce chien » disaient-ils, déjà 16 ans.

Dès qu’il faisait chaud, les mouches me dévoraient les oreilles et cet été, elles m’ont tellement piqué au sang, qu’il ne me restait que deux moignons sanguinolents. C’est finalement grâce à ces sales bestioles, que mon destin a basculé: une enquêtrice est passée, polie mais pas contente du tout et m’a placé chez elle. J’y ai rejoint la bande « des seniors de Sassay », le vieil Ugo, toujours grognon et les deux derniers, Bambou et Corty, qui cavalent toute la journée, comme des fous. Il y a plein de laissés-pour-compte qui vaquent à leurs affaires. Elle m’a donné un vieux panier, bien confortable, dans lequel je me planque, quand cela bouge trop. Et puis elle, qui a des mains qui ne frappent pas, mais soignent ou caressent, une voix qui ne hurle pas, mais rassure, sauf quand elle chante à tue-tête, alors sauve-qui-peut, oreilles couchées, queue entre les pattes, tous aux abris ! Les plus fayots hurlent à la mort, pour l’accompagner et quand on rentre de promenade, après s’être baignés, elle nous traite de chiens sales, jamais de sales chiens. La balade, c’est surtout ses pieds qui me guident, seule vision que j’ai, du ras du sol où je suis, des pieds qui ne tapent pas, mais m’évitent et qui sentent… la bonne odeur de la campagne, dont j’étais depuis si longtemps privé.

Voilà une histoire qui se terminera bien pour ce petit bonhomme. Qu’en est-il de tous ces chiots-cadeaux, dont le seul tort est de ne pas rester toute leur vie, une peluche ?

E C


5 Comments

  1. Quelle belle plume pour un si triste roman. On espère une fin heureuse à ce roman.
    MERCI à celle qui a sauvé ce petit bout.
    MERCI EC pour ce texte si touchant.

  2. superbe description et lorsque l ‘on voit ce petit chien maintenant il est heureux ! merci EC ce que tu fais est formidable!!!

  3. les gens qui l ont traité comme ça ne méritent pas l air qu ils respirent!!! souhaitons leur une vie de coups et de négligence !!!! bref qu ils pourrissent à l hospice!
    (Aucun voisin n avait remarqué cette maltraitance plus tôt??)

  4. Heureusement qu’il y a des gens comme vous pour sauver ces pauvres malheureux, et leur offrir une fin de vie heureuse.
    J’ai rencontré le petit chien en question hier, chez sa nouvelle maîtresse. Il est adorable, craquant, même plus craquant qu’un chiot, et SURTOUT, maintenant, il est heureux, choyé, il a des coussins partout, un canapé, un fauteuil et plein, plein d’amour !!

  5. Bonjour,

    Il y a tant d’animaux maltraités par les humains, ils devraient subir le même sort.

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